Penser les techniques et les technologies : Apports des Sciences de l'Information et de la Communication et perspectives de recherches
4-6 juin 2014 Toulon (France)
Mercredi 4
Education et apprentissage
Enjeux culturels de la formation par et au numérique - discutant : Philippe Bonfils
› 15:00 - 15:30 (30min)
› Amphi 200
Entre universités et "économie de la connaissance"
Romain Trillard  1@  
1 : Plurilinguismes, Représentations, Expressions Francophones - information, communication, sociolinguistique  (PREFics)  -  Site web
Université européenne de Bretagne, Université Rennes 2 - Haute Bretagne, MEN : EA3207
UFR Arts, Lettres et Communication. Place du Recteur Henri Le Moal. 35043 RENNES CEDEX -  France

Problématique

Les « universités » semblent en train de changer de « programme institutionnel ». Depuis vingt ans, les structures de création et de diffusion des « savoirs » se trouvent de plus en plus « invité à se transformer ».

Le phénomène s'intensifie ces dernières années. En témoigne la définition et la mise en œuvre de ce programme politique que représente « l'économie de la connaissance » - un projet qui repose sur l'idée que les Etats doivent réguler les marchés par la concurrence. S'imposer des politiques d'austérité. Et pousser les « individus » à devenir des « entrepreneurs d'eux - mêmes ». (Dardot et Laval 2010)

Les universités n'échappent pas à ce processus généralisé de « changement ». Dans ce contexte, elles deviennent des « outils essentiels » dont il faut « maximiser » la « performance » afin de répondre aux injonctions « des marchés et de la concurrence internationale ».

Dans le même temps, le « savoir » prend de plus en plus une « forme valeur ». Et, la recherche semble se limiter à des enjeux d'innovation, de marché, d'applications opérationnelles. Alors que la formation tend à se réduire à des logiques d'employabilité et d' « entrepreneurialisation et de vente de soi » (Laval 2012).

Il semble alors qu'un nouvel univers symbolique s'impose à l' « Université ». Reste à déterminer dans quelle mesure et selon quelles modalités effectives ?

 

Objet

 

Pour tenter de mesurer ce phénomène, je me suis appuyé sur le développement des « réseaux sociaux des portefeuilles numériques de compétences (e-portfolio) ». Un « nouveau » type de dispositif numérique en voie de généralisation dans les universités ... Et une expérience professionnelle qui visait justement à en déployer un.

Pour le résumer sommairement ce projet avait pour objectif d' « offrir » un espace numérique à chacun des acteurs de l'université (étudiants, enseignants - chercheurs, personnels, ... anciens, acteurs socioéconomiques, etc) afin que ceux – ci « puissent mettre en avant leurs « compétences » - aka marketable skills - en vue d'une reconnaissance par l'institution, un employeur ou une communauté professionnelle »...

Dans ce sens « e – portfolio » visait surtout à modifier la nature des relations pédagogiques. Les enseignants devaient profiter du déploiement de la plate – forme pour entamer un travail de rapprochement avec les acteurs socio – économiques de leurs « bassins d'emplois ». Et nouer avec eux un dialogue en vue de créer des « référentiels de compétences ». Outils qui auraient dû servir aux étudiants pour « mieux comprendre le sens de leur formation » et leur « permettre de démontrer leurs compétences en acte », puis qui par extension auraient dû permettre "un suivi plus individualisé" et à terme un nouveau type de validation des diplômes.

« e – portfolio » envisageait aussi de normaliser la diffusion de la recherche, d'encadrer les projets des personnels, des laboratoires, des anciens, des associations...

En somme, « e – portfolio » incarnait les nouveaux « enjeux universitaires ».Toutefois ce projet « idéal de la loi LRU » n'a jamais trouvé son public et s'est arrêté au bout de deux ans ...

Tout mon travail de recherche a alors consisté à comprendre pourquoi ce projet, « si bien inscrit dans l'air du temps » avait pu échouer.

 

Références théoriques.

 

Dans ce cheminement, sur un plan méthodologique (et théorique) ma recherche se trouve principalement redevable aux « Approches Communicationnelles des Organisations » (Bouillon 2008),(Bourdin 2008), (Bouillon, Bourdin, et Loneux 2008) et à Jean Davallon (Davallon 2007).

Ces travaux m'ont entre autre fourni un cadre d'analyse qui j'ai ensuite enrichi avec l'apport de travaux plus thématiques.

Les études de Pierre Moeglin et al. ont été extrêmement éclairantes. (Moeglin 1998)

Ma recherche doit également se replacer dans la continuité des recherches d'Yves Chevalier. (Chevalier 2008).

Elle résonne également avec le mémoire d'HDR de Patrice de la Broise sur la « professionnalisation » de l'université française.(De la Broise 2013)

Les recherches de Christine Musselin ont enfin été particulièrement importantes. (Musselin 2001) (Musselin 2008) (Musselin 2009) (Musselin et al. 2012).

Tout comme les œuvres de Français Dubet (Dubet 2002) et Salvador Juan (Juan 2006).

Ma recherche mobilise également largement les travaux d'Alain Bron (Bron 1995), de Vincent de Gauléjac (De Gauléjac 2012) , de Marie – Anne Dujarier (Dujarier 2008) et de David Courpasson (Courpasson 2000).

 

Méthode.

Grâce ces ressources, j'ai pu progressivement confectionner un modèle d'analyse à partir des « enjeux soulevés » par l'« expérience e – portfolio ».

Dans celui – ci, j'explicite en quoi ces artefacts sont une des traductions opérationnelles de l'"économie de la connaissance". Vers quoi ces dispositifs souhaitent conduire les activités universitaires. Et enfin ce à quoi ils correspondent sur des plans organisationnels et politiques. 

Je confronte ensuite ces ambitions à la « réalité des structures sociales, organisationnelles et symboliques » effectives dans « les universités » pour en dégager trois hypothèses et douze indicateurs.

Ce travail m'a après amené à établir un guide d'entretien - type afin de réaliser une vingtaine d'entretiens qualitatifs auprès de quatre catégories d'acteurs « enseignants – chercheurs » « administrateurs centraux » « personnels » et « experts du ministère ».

J'ai ensuite analysé ces entretiens qualitatifs dans la perspective proposée par les « Approches Communicationnelles des Organisations ». A savoir :

 

  • chaque communication « est interaction située porteuse de médiations qui sont autant de points d'entrée dans l'univers symbolique du locuteur. Et donc d'éléments pouvant servir à une théorisation de l'action et de l'expression en contexte professionnel ».

 

Plan de communication

 

Ma communication s'attachera donc dans un premier temps à préciser ma thèse :

 

  • Si le développement d'une « logique néo – libérale » semble affecter largement « les activités universitaires ». Cela ne se fait pas sans que les « structures sociales » influent sur ces évolutions.

Le rapport des acteurs universitaires aux « enjeux soulevés par le projet e – portfolio » et les logiques dans lesquelles il s'insère, constitue un ressort d'analyse pertinent pour appréhender ces évolutions.

 

Dans un second temps, j'exposerai mes principales hypothèses ... avec leurs indicateurs.

 

  • Les « réseaux sociaux portefeuilles numériques de compétences » témoignent d'une « ré – industrialisation utopique » des pratiques universitaires.

 

  • Leur développement traduit un renforcement des dynamiques managériales dans les universités.

 

  • Ils symbolisent des rationalisations économiques et politiques en rupture avec le programme originel de la République ... (et des universités)

 

Puis les résultats obtenus lors de cette étude qualitative. Et enfin ma communication se proposera de discuter des questions soulevées par cet appel à communication.

 

Bibliographie

 

Bouillon, Jean - Luc. « «L'impensé communicationnel» dans la coordination des activités socio-économiques : Les enjeux des approches communicationnelles des organisations ».

Bouillon, Jean - Luc, Sylvie Bourdin, et Catherine Loneux. 2008. Approches communicationnelles des organisations. Toulouse: Presses universitaires du Mirail.

Bourdin, Sylvie. 2008. « Approche communicationnelle du changement organisationnel : organisations pédagogiques, TICE et situations de communication. » (74). Sciences de la société: 123 ‑ 138.

Bron, Alain. 1995. La gourmandise du tapir: Utopie, management et informatique. Re-Connaissances. Marseille : Paris: Hommes et perspectives ; Desclée De Brouwer.

Chevalier, Yves. 2008. Système d'information et gouvernance technicité et démocratie à l'Université. Fernelmont (Belgique): E.M.E.

Courpasson, David. 2000. L'action contrainte : organisations libérales et domination. 1. éd. Paris: Presses universitaires de France.

Dardot, Pierre, et Christian Laval. 2010. La nouvelle raison du monde essai sur la société néolibérale. Paris: La Découverte.

Davallon, Jean. 2007. « Objet concret, objet scientifique, objet de recherche ». Hermès (38) (octobre): 30.

De Gauléjac, Vincent. 2012. La recherche malade du management. Versailles: Éditions Quæ. .

De la Broise, Patrice. 2013. « Ecriture normée, écriture normative : contribution à une approche socio sémiotique de la professionnalisation ».

Dubet, François. 2002. Le déclin de l'institution. Paris: Éditions du Seuil.

Dujarier, Marie-Anne. 2008. Le travail du consommateur: de McDo à eBay, comment nous coproduisons ce que nous achetons. Paris: Découverte.

Juan, Salvador. 2006. « Le combat de l'Organisation et de l'Institution ». SociologieS (octobre 22).

Laval, Christian. 2012. La nouvelle école capitaliste. Paris: La Découverte.

Moeglin, Pierre. 1998. L'Industrialisation de la formation : état de la question. Paris: Centre national de documentation pédagogique.

Musselin, Christine. 2001. La longue marche des universités françaises. Paris: Presses Universitaires de France.

———. 2008. Les universitaires. Paris: la Découverte.

———. 2009. « les réformes des universités en Europe : des orientations comparables mais des déclinaisons nationales. » L'université en crise : Mort ou résurrection. Revue du M.A.U.S.S: 69 ‑ 81.

Musselin, Christine, Julien Barrier, Camille Boubal, et Aude Soubiron. 2012. « Rapport Libertés, responsabilité ... et centralisation des Universités ».


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