Penser les techniques et les technologies : Apports des Sciences de l'Information et de la Communication et perspectives de recherches
4-6 juin 2014 Toulon (France)

Actes - Consultation par auteur > Miere Pelage Milie Theodora

Vendredi 6
Société
TIC, réseaux, nouvelles formes de sociabilité - discutant : Cyril Masselot
› 9:00 - 9:30 (30min)
› Salle 220
Usages des TIC et Diaspora : le cas du Congo
Milie Theodora Miere Pelage  1@  
1 : Laboratoire en Management
Institut Supérieur du Management

Usages des TIC et Diaspora : le cas du Congo

Avec Alain Kiyindou, nous nous étions intéressés à l'expression de la diaspora noire sur Internet dans un article publié dans Etudes de communication en 2012.

Aujourd'hui, les TIC se développent en Afrique et au Congo, pays de l'Afrique centrale. La multiplication des cybercafés dans les plus grandes villes a permis à des congolais, en particulier des jeunes d'avoir accès à l'outil Internet. Les congolais habitués à avoir une communication « pro-gouvernementale » continue et très régulière dans les médias de masse traditionnels (Presse, TV, radio) ont été vite convaincus de l'intérêt d'Internet. L'objet de ce document est de montrer les facteurs qui ont favorisé le développement de l'Internet mobile et les spécificités locales d'usage.

Pour cette analyse, nous nous inscrivons dans les analyses d'usages issues de la sociologie des usages (Josiane Jouet, 2011), de la sociologie de l'innovation (Serge Proulx, 2005, Flichy, 2003) avec des concepts clés de l'appropriation (Proulx, 2005) et le cadre socio-technique développé par (Flichy, 2003). L'objetif de ce travail est de montrer dans la suite des travaux développés dans la sociologie des usages, dans quel le contexte d'utilisation les individus donnent un sens à la technologie.

Les facteurs du succès de la téléphonie mobile avaient déjà été présentés dans un travail collectif sur les télécommunications au Congo, durant notre dernière année de travail sur le terrain, nous avons allié « observation des pratiques d'usages sur le terrain, analyse des pages Facebook des Ministres et de simples citoyens et entretiens semi-directifs » pour pouvoir présenter ici des spécificités locales d'usages en posant la possibilité « d'ouverture au monde » en restant sur place comme l'élément important qui explique le succès des usages d'Internet au Congo.

 

Le développement de l'Internet Mobile

Pays de l‘Afrique centrale, le Congo a connu une période marquée par des guerres civiles pendant lesquelles les citoyens apprenaient des nouvelles sur leur quotidien sur des radios étrangères comme RFI que sur les télévisions locales pro-gouvermentales. La possibilité avec Internet d'avoir accès à plusieurs sources d'information s'est vite révélée comme une nécessité pour les habitants.

Les horaires, la distance, il faut parfois parcourir des kilomètres pour consulter son mail, les problèmes d'électricité, ont contraint les jeunes à s'équiper en Smartphone pour pouvoir naviguer beaucoup plus librement. Outre les cybercafés, le développement de l'outil informatique dans les entreprises a permis aussi à des individus d'avoir accès sur le lieu de travail.

L'arrivée sur le marché de nouveaux fournisseurs et la proposition aux clients des offres multiformes, en attendant le déploiement effectif de la fibre optique, ont permis un autre usage d'Internet. Le Congo est ainsi passé de 500 internautes en décembre 2000 à 295132 en juin 2012 (rapport d'Internet Wordl stats).

Aujourd'hui le marché de la téléphonie mobile et de l'accès Internet est occupé par des FAI et aussi des opérateurs de téléphonie mobile. La concurrence entre les fournisseurs d'accès à Internet a permis comme en France une baisse de tarifs et à un public plus important de pouvoir se connecter.

Comme en France aussi, les clés 3G, pour environ 30 euros le mois permettent à tout congolais équipés d'un ordinateur de pouvoir se connecter chez lui.

Désormais tous les téléphones mobiles sur le marché congolais permettent l'accès à Internet, cela va des téléphones haut de gamme que pour les téléphones low cost « chinois » même s'ils n'offrent pas le même confort. La facilité d'accès, l'autonomie ont été ici des éléments déterminants.

 

Les spécificités d'usage

 

Les enjeux relationnels

La particularité du Congo comme de beaucoup de pays africains est de compter une forte communauté formée de « congolais de l'extérieur). Répartis dans les pays comme la France, l'Italie, le Canada, les Etats-Unis, l'Afrique du Sud, le Mexique, ce sont des congolais qui ont du partir de chez eux pour des raisons d'ordre politique ou parce que sur place les conditions de vie n'étaient pas satisfaisantes (santé, éducation, etc.). Le mauvais fonctionnement des services de télécommunications locaux (téléphone, courrier) ont été pendant des années un frein à la communication entre congolais de l'extérieur et ceux restés au pays. Dans ce cas, par sa gratuité et sa facilité de téléchargement et d'utilisation (une maîtrise technique et cognitif du dispositif avancée par Patrice Flichy, 2003) Facebook a permis une communication entre les individus issus d'un pays répartis à travers le monde, être en contact avec des amis, des parents... voir grâce à des photos ce que ces amis ou parents perdus de vue ce qu'ils sont devenus, quelle est leur vie à l'étranger... Le temps de ces retrouvailles passées, débattre sur des sujets d'actualités, distrayants, amusants, mais aussi des sujets sur des sujets qui touchent à l'activité socio-économique et surtout politique du pays. C'est l'occasion pour certains de s'indigner sur les problèmes qui touchent encore les congolais au quotidien, manque d'eau, d'électricité, de transports même si le gouvernement a fait des progrès en ces domaines. Les congolais ont aussi la possibilité de se faire de nouvelles relations basées sur des causes communes, des passions, des ambitions partagées.

Sur Facebook, l'internaute peut aller sur le mur de son ami, voir son actualité du jour, commenter, interagir avec d'autres, voir et revoir des photos... C'est cette rencontre entre les congolais de l'intérieur et les congolais de l'extérieur qui est ici intéressante à analyser. Et d'ailleurs, suite au succès de cette communication, le président du Congo a même nommé une conseillère pour des questions liées aux congolais de l'extérieur.

La connexion sur Facebook est donc la possibilité de retrouver, contacter, parents et amis, émettre des avis de décès et autres, des appels à projets, de faire partager des expériences dans le cadre professionnel, associatif ou humanitaire. On assiste à une prise en charge par les individus de leur propre communication, ce que les ambassades n'avaient pas pu faire jusque-là. L'expression est libre, les plus s'inscrivent avec un pseudo pour pouvoir critiquer plus librement le pouvoir en place. C'est une ouverture au monde.

 

Les enjeux politiques

Ce qui fait l'intérêt dans les études des TIC (Internet, mobiles et autres), c'est l'accessibilité et le contenu. Pour les congolais, nous avons constaté sur place, un développement dans l'utilisation du réseau « social Facebook ». Lancé en février 2004 par Mark Zuckerberg, le réseau social réservé au départ aux étudiants « de Harvard Université » est depuis ouvert au grand public : étudiants, professionnels, politiques, particuliers, etc.

Au Congo, deux ministres ont une page « Facebook » très suivie par les internautes. Il s'agit de Thierry Moungalla, Ministre des Postes et des Télécommunications et Alain Akouala, Ministre des Zones Economiques et Spéciales. Sur leur mur ou dans des groupes, Facebook leur offre la possibilité de discuter avec des citoyens-amis virtuels. Les hommes politiques les plus actifs sur les réseaux sociaux sont originaires de pays africains anglophones. Cette communication directe avec leurs dirigeants est une nouveauté pour les africains et les congolais en particulier pas habitués à avoir des débats critiques avec leurs dirigeants et de pouvoir interagir.

Le Ministre Thierry Moungalla est le plus actif, orienté principalement autour de son actualité qu'il publie souvent en utilisant des photos. Il est membre de plusieurs plusieurs groupes facebook. La création de groupes « Facebook » est une activité très prisée par les congolais, il y a de tout : des groupes spirituels, communautaires (des gens issus du même coin du Congo), des groupes politiques et depuis peu, nous constatons la mise en place de groupe d'intérêt professionnel (comme les professionnels congolais des TIC, les enseignants du Congo) et des groupes qui se veulent plus fédérateurs comme Diaspora Congo Brazzaville autour de l'identité nationale (mettre en avant ce que les congolais ont de commun, on peut se retrouver dans plusieurs groupes en même temps.

 

Ce texte nous permet de montrer que avec l'introduction de l'outil informatique dans les entreprises et structures étatiques dans le pays, les congolais y ont vu grâce au réseau Facebook la possibilité de retrouver des amis et parents mais aussi une ouverture sur le monde mais aussi de prendre connaissance et de débattre des sujets dont ils n'ont pas la possibilité de traiter chez eux.

Aujourd'hui, même si le développement des TIC est important et les spécificités d'usage intéressantes à relever, il faut noter que tous les congolais n'ont toujours pas accès du fait de politiques publiques limitées qui ne permettent pas l'intégration des TIC dans le système éducatif avec la possibilité pour les individus de bénéficier de structures et d'accompagnement pour un meilleur usage des TIC.

Bibliographie

Flichy Patrice, L'Innovation technique. Récents développements en sciences sociales, vers une nouvelle théorie de l'innovation, Paris, La Découverte, 1995.

Flichy Patrice, « Technique, usage et représentations », Réseaux, n° 148-149, 2008, pp. 147-174.

Jouët Josiane, « Pratiques de communication et figures de la médiation », Réseaux, n° 60, 1993, pp.99-120.Jouët Josiane, « Retour critique sur la sociologie des usages », Réseaux, vol. 18, n° 100, 2000, pp. 487-522.Jouët Josiane, « Des usages de la télématique aux Internet Studies » in Denouël Julie, Granjon Fabien (dir.), Communiquer à l'ère numérique. Regards croisés sur la sociologie des usages, Paris Presses des Mines, 2011, pp.45-90. 


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