Penser les techniques et les technologies : Apports des Sciences de l'Information et de la Communication et perspectives de recherches
4-6 juin 2014 Toulon (France)

Actes - Consultation par auteur > Van Hove Florence

Jeudi 5
Organisations
discutants : Michel Durampart et Elizabeth Gardère
› 10:30 - 11:00 (30min)
› Salle 221
Usages des réseaux sociaux professionnels en ligne et reconnaissance professionnelle : une approche sur la Suisse Romande
Bruno Asdourian  1, *@  , Florence Van Hove  1@  , Dominique Bourgeois  1@  
1 : Université de Fribourg  -  Site web
Bd Pérolles 90 1700 Fribourg -  Suisse
* : Auteur correspondant

Problématique et objet de la recherche

Les observations des usages numériques des TIC, et plus particulièrement des médias sociaux professionnels, semblent montrer une transformation des opportunités de reconnaissance sociale et professionnelle des usagers des réseaux sociaux en ligne. En effet, il apparaît que les usagers en quête d'opportunités professionnelles établissent des stratégies particulières de visibilité et d'établissement de relations en ligne. Nous proposons d'explorer la notion de la reconnaissance sociale via un questionnement de ces stratégies de communication dans les réseaux sociaux professionnels en ligne.

D'une manière générale, cette proposition de recherche s'inscrit dans une réflexion sur la question de l'existence sociale et professionnelle ainsi que de l'engagement des individus dans des groupes sociaux professionnels. Et plus particulièrement, sur la façon de mettre à jour les marqueurs du déploiement d'une communication numérique chez les usagers d'un réseau social professionnel numérique tel que LinkedIn.

La question principale de recherche est la suivante : existe-t-il des facteurs communicationnels encourageant une reconnaissance sociale liée à des usages des réseaux sociaux professionnels en ligne ? Cette question sera abordée via deux sous-questions : comment les individus participent-ils à ces groupes sociaux numériques ? Quelles sont les spécificités des échanges communicationnels et les moyens d'action employés pour tenter d'influencer la reconnaissance sociale et professionnelle en ligne ?

Pour ce faire, l'étude portera, notamment, sur l'analyse de la participation des individus dans ce type de réseau social et, plus particulièrement, dans leurs engagements envers divers groupes thématiques. En effet, une des activités pratiquées par les utilisateurs connectés consiste à adhérer à des groupes d'intérêt, dans lesquels ils peuvent émettre leurs opinions et établir des échanges.

Nous faisons l'hypothèse de l'existence de liens entre, d'une part, les besoins en visibilité et le niveau d'engagement et, d'autre part, entre la qualité des contenus émis et la reconnaissance sociale et professionnelle des individus.

Références théoriques

Le positionnement théorique s'inscrit dans un cadre interdisciplinaire et un regard croisé entre les sciences de la communication et la sociologie. D'un point de vue communicationnel, une attention toute particulière est accordée à la question de la spécificité des échanges communicationnels (Anderson, 2008 - Watzlawick et al, 1972) effectués sur une plate-forme sociale professionnelle en ligne. En effet, selon Watzlawick, la communication est vue comme du contenu et de la relation. Les contenus diffusés en ligne sont, pour Yarkoni (2010), révélateurs de la personnalité de l'usager et servent de base au jugement des recruteurs sur la qualité de l'individu. La relation établie en ligne se forge sur la base des contenus qui ont, pour Jeanne-Perrier (2010: 145), un objectif d'acquisition d'une « forme de compétence relationnelle ». Ces contenus visent moins à diffuser une idée qu'au maintien d'un contact et à la reconnaissance par autrui de sa propre valeur (Honneth, 2008). Il existe alors un processus de négociation d'une position sociale valorisante au sein de la société (Van Dijk, 2005) pouvant ainsi aller jusqu'à un éventuel recrutement de ces compétences.

La présente recherche convoque également des apports hérités de la sociologie des réseaux via notamment les théories des liens faibles (Granovetter, 1973) ou des ressources sociales (Lin, 1999) afin de comprendre les conséquences de ces échanges en termes de reconnaissance sociale et professionnelle. Granovetter propose, en effet, une théorie selon laquelle les types de liens sont différents entre les personnes appartenant à un réseau de relations. Dans le cadre de la recherche d'emploi, Granovetter démontre que des relations dites « faibles » vont être à la source d'informations plus intéressantes que les relations dites « fortes ». Lin (1999) indique, quant à lui, que les individus peuvent mobiliser volontairement les ressources sociales incluses dans un réseau. La notion d'action volontairement mobilisable de Lin semble appropriée à l'idée d'un engagement dans une reconnaissance via une stratégie de visibilité en ligne. Cette vision s'inscrit dans la définition des réseaux sociaux numériques de Boyd et Ellison (2007) comprenant notamment le fait que « ce qui rend unique les usages des sites de réseaux sociaux [...] tient davantage au fait qu'ils rendent visibles les cercles relationnels de chacun » (Granjon, 2011 : 102).

 Méthodologie

Deux méthodologies complémentaires ont été retenues. Celles-ci sont de type qualitatif et consistent, d'une part, en une étude netnographique (Kozinets, 2010) – fondée sur l'observation des interactions des acteurs des réseaux sociaux numériques –, et d'autre part, en la réalisation d'entretiens individuels d'étudiants d'Université de niveau Master dont, notamment, des étudiants en phase de transition vers le monde professionnel. Les entretiens individuels semi-directifs doivent permettre de caractériser les pratiques effectives d'individus qui utilisent le réseau social professionnel LinkedIn. Les enquêtés ont été invités à s'exprimer sur leurs motivations quant à la sélection des champs à remplir de leur profil personnel, sur les caractéristiques de leurs relations sur le réseau social en ligne, sur leurs activités de création de contenus, ainsi que sur leurs attentes.

L'objectif général est de décrire les statuts des acteurs, les types de contenus diffusés en ligne, les liens entre les acteurs ainsi que les stratégies de réseautage effectuées pour être visible et lutter pour la reconnaissance. Cette contribution est donc globalement orientée vers l'identification des moyens communicationnels d'action sur la reconnaissance sociale et professionnelle employés par des acteurs engagés dans le réseau en ligne « Suisse Romande Network ». Notre approche est plutôt centrée sur l'écriture de contenus, les différents types de contenus et types de comptes avec pour objectif d'en dégager les désirs de visibilité, les besoins de reconnaissance ou les marqueurs de l'engagement des acteurs.

Premiers résultats

Au terme d'une première analyse exploratoire, plusieurs constatations permettent d'apporter des éclairages sur les profils professionnels des utilisateurs, le contenu, les relations et la reconnaissance professionnelle. Les différents niveaux d'engagement et de reconnaissance professionnelle sont, par exemple, fortement liés à différents types de pratiques des réseaux sociaux professionnels numériques. Ainsi, d'une manière générale, il apparaît clairement que le contenu d'une communication est utilisé comme un prétexte à la relation entre les usagers de ces réseaux. Dans les réseaux sociaux numériques, le message n'est pas seulement le média (McLuhan, 1967), le message semble également être la relation numérique. Cette relation est à la fois recherchée via les contenus émis et observée via les graphs des contacts et des structures des réseaux de liens établis entre ces contacts.

Plan de la communication

  • Les enjeux de la recherche : les usages des réseaux sociaux professionnels en ligne et la reconnaissance sociale
  • Bref état de l'art : des approches en sciences de la communication et en sociologie
  • Une méthodologie qualitative en deux étapes
  • Résultats de l'analyse
  • Conclusion

 

Bibliographie

Anderson M.H., “Social Networks and The Cognitive Motivation to Realize Network Opportunities: A study of managers' Information Gathering Behaviors”, Journal of Organizational Behavior, vol. 29, 2008, p. 51-78.

Granjon, F., « Amitiés 2.0. Le lien social sur les sites de réseaux sociaux ». Hermès, n°59, 2011, p. 97–102.

Granovetter M., “The strength of weak ties”, American Journal of Sociology, vol. 78, n° 6, 1973, p. 1360-1380.

Honneth A., La lutte pour la reconnaissance, Paris, Cerf, 2008.

Jeanne-Perrier, V., « Parler de La Télévision Sur Twitter : Une « Réception » Oblique À Partir D'une « Conversation » Médiatique ? » Communication & Langages, n°166, 2010, p. 127-147.

Kozinets, Robert V. Netnography: Doing Ethnographic Research Online. London, Sage, 2010.

Lin N., “Social Networks and Status Attainment”, Annual Review of Sociology, vol. 25, n° 1, 1999, p. 467-487.

McLuhan M., The Medium Is the Massage: An Inventory of Effects, New York , Bantam Books, 1967.

Van Dijk J., The deepening divide: inequality in the information society, London, Sage, 2005.

Watzlawick P., Beavin J. H., Jackson D., Une logique de la communication, Paris, Seuil, 1972.

Yarkoni T., “Personality in 100,000 Words: A large-scale analysis of personality and word use among bloggers”, Journal of Research in Personality, n°44, 2010, p. 363–373.


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